Les saxophonistes altos et sopranos du jazz

Charlie Parker

Très utilisé dans la musique classique, le saxophone alto a aussi servi le jazz au travers de grands noms de musiciens. Nous lui associons, pour cet article, le saxophone soprano. Un article précédent a été consacré au saxophone ténor dans le jazz.

Johnny Hodges (1906 – 1970) : DĂ©couvert par Sidney Bechet, il participera aux dĂ©buts de John Coltrane.

Ce saxophoniste alto et soprano amĂ©ricain  fut dĂ©couvert par Sidney Bechet qui lui donna des leçons. En 1928, il entre dans l’orchestre de Duke Ellington qu’il ne quittera plus, mis Ă  part une pĂ©riode de 5 ans (de 1951 Ă  1955) oĂą il dirige sa propre formation qui donnera sa chance au jeune John Coltrane.

Charlie Parker (1920 – 1955) dit « Bird » : Admirateur d’Art Tatum, il aura pour successeur John Coltrane. Co-inventeur du Be-Bop.

A l’âge de 19 ans, fascinĂ© par le pianiste Art Tatum, il prendra un emploi de plongeur dans le restaurant oĂą il se produit pour pouvoir l’Ă©couter tous les soirs.

Dans les annĂ©es 1940, Charlie Parker avec Dizzy Gillespie et Thelonious Monk font Ă©merger un nouveau mouvement, le be-bop, une forme de jazz qui se caractĂ©rise par des tempos plus rapides que le traditionnel “mainstream” (“courant principal”) des big bands, une structure harmonique qui peut consister en des changements d’accords frĂ©quents (toutes les mesures ou plusieurs fois par mesure comme dans “Anthropology de Parker). LibĂ©rĂ© des contraintes du big bands, le soliste peut se laisser aller Ă  des exercices de virtuositĂ©, Ă  des audaces, Ă  des fantaisies.

Le be-bop apporte une harmonisation plus riche (utilisation d’accords comportant de nombreuses notes altĂ©rĂ©es, 9° et 13°), dans un cadre rythmique plus complexe, tout en conservant les morceaux traditionnels du jazz. Le thème fĂ©tiche de Bird, Cherokee, illustre ceci.

Les premiers enregistrements entièrement « bop » sont effectués en 1945 :

- Avec Dizzy Gillespie :

Groovin’ high
Dizzy atmosphere
Hot house
Shawnuff
Salt peanuts

- Avec Miles Davis :

Billie’s Bounce
Now’s the Time
Ko-Ko (basé sur les accords de Cherokee)

A Ă©couter aussi : “Moose the mooch“, “Night in Tunisia“, “Confirmation“, “Cheryl“, et son excellent album “Parker’s Mood

Bird dĂ©cède en 1955 Ă  seulement 34 ans, ravagĂ© par les drogues et l’alcool.

Paul Desmond (1924 – 1977) : cĂ©lèbre pour “Take Five”

Avec le Dave Brubeck Quartet, il va connaĂ®tre le succès. On retiendra sa cĂ©lèbrissime composition “Take Five“.

Art Pepper (1925 – 1982)

C’est un saxophoniste alto et tĂ©nor, et aussi clarinettiste amĂ©ricain. L’un des plus grands reprĂ©sentants du Jazz West Coast avec entre autres Chet Baker et Gerry Mulligan. En 1980, avec Winter Moon (Galaxy), il signe l’un des plus beaux disques de jazz avec cordes.

John Coltrane (1926 – 1967) : RĂ©volutionnaire du jazz et mystique.

NĂ© dans un milieu familial musical, il sera le rĂ©volutionnaire du jazz dans la lignĂ©e de Charlie Parker mais il considĂ©rait la musique comme une quĂŞte spirituelle. Ce profond mysticisme le conduira Ă  la crĂ©ation de l’album “A Love Supreme” en 1964, chef-d’oeuvre enregistrĂ© par son quartet.

John Coltrane s’est toujours intĂ©ressĂ© aux religions. A l’hindouisme (il prĂ©nommera son fils Ravi, par vĂ©nĂ©ration pour le sitariste hindou Ravi Shankar : lire mon article consacrĂ© Ă  Ravi Shankar), Ă  l’islam (via sa première Ă©pouse Naima), aux cultes africains (grâce Ă  Alice Mcleod, sa seconde compagne)  et aussi sous l’influence du saxophoniste Yusef Lateef.

La carrière de Coltrane commence en 1949 avec le grand ensemble de Dizzy Gillespie, qui deviendra un groupe rĂ©duit, avec Coltrane Ă  l’alto et au tĂ©nor.

Elle connaĂ®t son essor Ă  partir de 1955 avec Miles Davis : chefs-d’Ĺ“uvres Milestones et Kind of Blue. Coltrane reconnaĂ®tra aussi l’influence de Thelonius Monk avec qui il a travaillĂ© plusieurs annĂ©es.

Il forme son propre quartet et produit “Giant Steps”,  “OlĂ©”… L’emblĂ©matique version personnelle de “My Favorite Thing” est un moment marquant de l’histoire du jazz. On en oublie que “My favorite things” est au dĂ©part une chanson Ă©crite pour la comĂ©die musicale de Broadway. De fait, Coltrane l’a rĂ©inventĂ©e totalement ! Cette Ĺ“uvre a aussi eu pour effet de propulser au premier plan le saxophone soprano.

Durant la dernière période de sa carrière, Coltrane affiche un intérêt croissant pour le free jazz, dont Ornette Coleman et Don Cherry sont les principaux représentants à la fin des années 1950.

« Cannonball » Adderley (1928 – 1975)

Ce saxophoniste alto est aussi accessoirement soprano de jazz. En 1958, il devient l’alto attitrĂ© de Miles Davis. Il figure notamment sur l’album “Kind of blue” avec Miles Davis et John Coltrane.

Eric Dolphy (1928 – 1964)

Il fut  saxophoniste alto et multi-instrumentiste. En 1959, il rejoint le Workshop du contrebassiste Charles Mingus oĂą, plus encore que chez Hamilton, il peut se livrer Ă  ses audaces musicales. En 1960, il enregistre, avec Ornette Coleman, l’album “Free jazz”, vĂ©ritable manifeste de l’avant-garde du jazz de l’Ă©poque.

Il porte le pseudonyme de George Lane,  Ă  la flĂ»te et au saxophone, sur l’album de John Coltrane “OlĂ© Coltrane”.

Il prouve qu’il est aussi un excellent compositeur : Outward Bound (1960), Out There (1960), At The Five Spot (1961), Out To Lunch ! (1964), etc.

Ornette Coleman (1930). Saxophoniste texan visionnaire et dérangeant.

Ce visionnaire du jazz, co-inventeur du free jazz, a d’abord signĂ© une quinzaine de disques ayant comme leader Charlie Parker dont il fut le disciple.

Il produit “Something else !”, “Tomorrow is the question !“, “The shape of jazz to come”, “Change of century”, “This is our music” et aussi “Free jazz“, album manifeste qui sonne au tournant des annĂ©es 60 l’heure du changement. Pour passionnĂ©s uniquement : Les premières mesures sont cacophoniques, l’ensemble dure 37 minutes.

Sa dĂ©marche artistique rĂ©volutionnaire attira sur lui excommunications et sarcasmes. Alors que le public n’avait pas fini de digĂ©rer la rĂ©volution de Charlie Parker, il  dĂ©cide d’appliquer au mouvement bop le traitement que Parker avait imposĂ© au style classique. Il prolonge mais aussi radicalise le système musical de Charlie Parker.

Phil Woods (né en 1931),

Ce saxophoniste alto, également clarinettiste de jazz, fut longtemps considéré comme le plus brillant disciple blanc de Charlie Parker.

Steve Coleman (né en 1956)

Improvisateur, compositeur et leader de groupe, il est l’un des fondateurs du mouvement M-Base.

Ainsi s’achève cet hommage en deux parties au saxophone dans la musique de jazz. Bonne Ă©coute !

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