Les saxophonistes ténors de jazz

Lester Young
Lester Young

Le saxophone tĂ©nor est devenu l’instrument emblĂ©matique de la musique de jazz.  Cet instrument est rarement utilisé  en musique classique oĂą le saxo alto domine. On relève cependant de notables exceptions comme le BolĂ©ro de Ravel, RomĂ©o et Juliette de Prokofiev,  Valse n°2 » de la Suite pour orchestre de jazz n° 2 de Chostakovitch, Tableaux d’une exposition » (pièce n°2, « Le vieux château ») de Moussorgski.

Le registre et le timbre du tĂ©nor le rapprochent de la voix humaine.  Par ailleurs, le son du souffle du musicien y est très perceptible, accentuant cette proximitĂ© entre l’auditeur et l’interprète.  Si le saxo se diffĂ©rencie des saxos soprano et alto, le jeu diffère entre les saxophonistes tĂ©nors : par exemple, celui de Coleman Hawkins est vif voire criard, celui de Lester Young est chaud et sentimental voire mĂ©lancolique.

La musique de la Panthère rose de Mancini est un exemple cĂ©lèbre de l’usage du saxo tĂ©nor dans le jazz.

I – Coleman Hawkins, mister Bean, “invente” le saxophone

C’est par Coleman Hawkins (1904 – 1969) que le saxo tĂ©nor est entrĂ© dans  le jazz. Ce dernier, surnommĂ© Bean (“haricot”), sortira le saxophone de l’oubli et lui offrira une seconde naissance, crĂ©ant un son qui est encore celui du jazz d’aujourd’hui. Il invente une nouvelle manière de jouer du saxo et il en fait un instrument soliste incontournable.

On le voit sur cette vidĂ©o interprĂ©ter un solo de plusieurs minutes avant d’ĂŞtre rejoint par l’orchestre et alors ça se met Ă  swinger !

On le voit sur cette autre vidéo en compagnie du saxo alto Charlie Parker.

Quelques titres essentiels :

When lights are low
Body and soul
The man i love
Bouncing with Bean
Prisoner of love
Stardust
Desafinado
Hocus pocus

II – Lester Young, “Prez” ou le petit homme qui changeait la vie

C’est Ă  Lester Young (1909 – 1959) que je pense quand j’entends ce passage d’une chanson de Goldman :

C’Ă©tait un p’tit bonhomme, rien qu’un tout p’tit bonhomme
Malhabile et rêveur, un peu loupé en somme
Se croyait inutile, banni des autres hommes
Il pleurait sur son saxophone

ll y mit tant de temps, de larmes et de douleur
Les rêves de sa vie, les prisons de son cœur
Et loin des beaux discours, des grandes théories
Inspiré jour après jour de son souffle et de ses cris
Il changeait la vie
.”

Son destin tragique est indissociable de celui non moins tragique de Billie Holiday, sa fidèle amie. Il mourut en 1959 Ă  l’âge de 49 ans des suites de ses excès d’alcool et Billie le suivit quelques mois après.

La vie de Lester Young inspira Bertrand Tavernier pour le film “Autour de minuit” oĂą le personnage principal, saxophoniste alcoolique, est interprĂ©tĂ© par le jazzman Dexter Gordon, qui dĂ©cĂ©dera peu de temps après le tournage.

Lester Young rompra avec le style de Coleman Hawkins, son jeu se fait doux. “Ce chant de saxophone, mat, dĂ©timbrĂ©, presque sans vibrato sauf sur la dernière note de ses phrases doucement dĂ©chiquetĂ©es, donnait au crĂ©puscule une beautĂ© d’aube sur une deuxième planète, la nĂ´tre, dĂ©livrĂ©e de la violence” (Michel Contat, TĂ©lĂ©rama). Lester Young inspira le mouvement cool et Miles Davis.

On le voit sur cette vidĂ©o accompagner Billie Holiday sur “Fine and mellow”. Beaucoup d’Ă©motion dans les interprĂ©tations de ce duo cĂ©lèbre.

Sur cette autre vidĂ©o, Lester Young joue “Penny from heaven”.

Quelques titres essentiels :

On the sunny side of the street
She’s funny that way
Love me or leave me
Pres returns
All of me
Lady, be good
Sometimes i am happy
These foolish things
I can’t get started
Shoe shine boy

III – Sonny Rollins, l’homme sur le pont

Sonny Rollins (nĂ© en 1930) commence par jouer au piano puis passe au saxophone alto qu’il reçoit Ă  l’âge de 8 ans mais choisira finalement le saxophone tĂ©nor Ă  l’âge de 16 ans. Il y a deux grandes pĂ©riodes dans la carrière de Sonny Rollins.

- La pĂ©riode des annĂ©es 40 – 50 avec son adhĂ©sion au mouvement Hard-Bop,  rejoignant Thelonious Monk (auprès duquel il fait ses classes), John Coltrane et Miles Davis.  Le Hard-Bop est un courant de rĂ©action au jazz cool jugĂ© fade.  Ce style est marquĂ© par un tempo plus lent que le Be-Bop, la part du rythme y est nettement plus marquĂ©e.  Cette première pĂ©riode de la carrière de Sonny Rollins connaĂ®t son apothĂ©ose avec l’album Saxophone Colossus en 1956 sur lequel figurent ses plus cĂ©lèbres compositions comme St. Thomas (un calypso caribĂ©en basĂ© sur une mĂ©lodie chantĂ©e par sa mère dans son enfance), Strode Rode (hard bop au rythme rapide) et Moritat une composition de Kurt Weill Ă©galement connue sous le nom Mack the Knife.

Le tournant dĂ©cisif :  En 1959, Sonny Rollins se retire pour trois ans. ll perçoit ses propres limites musicales, d’autant plus qu’il a dĂ» rompre avec la cocaĂŻne quelques annĂ©es plus tĂ´t Ă  la suite de condamnations pĂ©nales. Il crut alors que sa sobriĂ©tĂ© porterait atteinte Ă  sa musicalitĂ©. Cela ne fut pas le cas. C’est aussi alors l’essor du free-jazz et le succès triomphant de John Coltane et d’Ornette Coleman.

- La pĂ©riode post-Hard Bop : Son retour en 1962 se traduit par une rupture avec le mouvement Hard-Bop et un album nommĂ© “The Bridge” parce que pendant sa trĂŞve de trois annĂ©es, il passa des heures Ă  jouer, seul, sous le pont Williamsburg Bridge Ă  New-York. Lien : The Bridge.

L’oeuvre de Rollins devient alors un bouillon de culture : il accommode Ă  sa convenance les audaces du free-jazz. C’est d’ailleurs un de ses standards – “The night has a thousand eyes” – qui sera justement choisi pour le gĂ©nĂ©rique de “Bouillon de culture”, l’Ă©mission littĂ©raire de Bernard Pivot.

Quelques autres titres essentiels :

Don’ t stop the carnaval
Blue seven
But not for me (avec Miles Davis)

Vidéos de Sonny Rollins :
Tenor madness
Sonny Rollins raconte sa rencontre avec Miles Davis

IV – Stan Getz, un Blanc nommĂ© “The Sound”

De son vrai nom Stanley Gayetzsky, Stan Getz ( 1927 – 1991) eut aussi droit Ă  un surnom, « The Sound » (« Le Son »), en raison de la sonoritĂ© ample, pure et riche de son jeu que John Coltrane lui-mĂŞme enviait.

Il fut le grand reprĂ©sentant du jazz cool, un genre essentiellement jouĂ© par des Blancs.  On notera par exemple  son interprĂ©tation fameuse des Feuilles mortes : “Autumn leaves“. En 1962,il dĂ©couvre le BrĂ©sil et la bossa nova. Il enregistre Ă  New York en 1963 le fameux album Getz/Gilberto avec le “père” de la bossa nova, JoĂŁo Gilberto. Ecouter “The Girl from Ipanema“. Quelques autres titres : “Early autumn“, Billie’s Bounce.

V – Quelques autres saxophonistes tĂ©nors connus

La liste ne saurait ĂŞtre exhaustive. Il convient toutefois de citer Dexter Gordon (1923 – 1990), qui joua le personnage principal d’Autour de minuit” De Tavernier et qui fut un grand reprĂ©sentant du mouvement Hard Bop.  Et Ben Webster (1909 – 1973), qui fut avec Coleman Hawkins et Lester Young un des principaux joueurs de saxophone tĂ©nor de l’Ă©poque du swing. Et enfin Archie Shepp (nĂ© en 1937) qui joue aussi du saxophone soprano.

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