Les voix féminines du jazz (1)

A l’origine Ă©tait le blues de Bessie Smith. C’est elle qui inspira Billie Holiday, Sarah Vaughan et bien d’autres chanteuses de jazz ou de blues.

Bessie Smith (1894 – 1937)

Cette orpheline très pauvre qui devint l’impĂ©ratrice du blues,  enregistra sa toute première chanson  en 1923, “Downhearted Blues” (le Blues abattu). Nuits blanches, bagarres, violentes disputes conjugales, ivresses et consommation de joints Ă©taient son lot quotidien mais aussi sa source d’inspiration.  Elle a chantĂ© avec de grands jazzmen dont Louis Armstrong avec qui elle grava un “Saint Louis Blues” dĂ©chirant.  La carrière de Bessie Smith fut freinĂ©e par le dĂ©but de la Grande DĂ©pression des annĂ©es 1930. Elle mourut dans un accident automobile alors qu’elle commençait Ă  renouer avec le succès. La plupart de ses titres sont aujourd’hui considĂ©rĂ©s comme des classiques de la musique noire-amĂ©ricaine.

Saint Louis Blues” (vidĂ©o) ou Ă©couter sur Deezer cette version blues-gospel d’excellente facture (bien que le son soit ancien), “Jailhouse Blues“, “Careless Love“, Weeping Willow Blues“, Back Water Blues“, “Nobody Knows you When you’re Down and Out“,”Gimme a Pigfoot” (vidĂ©o) ou Ă  Ă©couter sur Deezer,”Take Me for a Buggy Ride“,”I’m Down in the Dumps“. Liste complĂ©mentaire : “Devil’s Gonna Git You”, “Empty Bed Blues”, “Do Your Duty”, “Jazzbo Brown From Memphis Town”, “Nobody’s Blues But Mine”.

“Trouble, trouble, I’ve had it all my days,
Trouble, trouble, I’ve had it all my days;
It seems like trouble going to follow me to my grave…”

(extrait de “Down-Hearted Blues” de Hunter-Austin)

“Gimme a pigfoot and a bottle of beer
Send me a gate I don’t care
feel just like I wanna clown
Give the piano player a drink
Because he’s bringing me down
He’s got rhythm yeah, when he stamps his feet
He sends me right off to sleep
Cheek all your razors and all your guns
We’re gonna be arrested when the wagon comes…”

(extrait de “Gimme a pigfoot” de Wesley ‘Sox’ Wilson)

Billie Holiday (1915 – 1959)

Billie Holiday n’avait pas une voix aussi puissante que Sarah Vaughan mais elle surclassait celle-ci dans le registre de l’émotion. Sinatra dĂ©clara que Lady Day (son surnom donnĂ© par son ami le saxophoniste Lester Young) fut la chanteuse qui l’inspira le plus. La grande Ella Fitzgerald n’a jamais manquĂ© de dire que Billy Holiday Ă©tait “la plus grande chanteuse de jazz de tous les temps“. “Quand quelqu’un vous donne autant de libertĂ©, vous y croyez et vous ĂŞtes heureux. C’est plus fort que vous“, dĂ©clarait Betty Carter.

Sophisticated lady” (1), “The man i love” (de Gershwin), “All of me” (1), “God bless the child“, “My man“, “Gloomy sunday”, “Love me or leave me“, “Night and day” (de Cole Porter), “Body and soul“…

(1) (accompagnée de Lester Young)

I don’t know why but I’m feeling so sad,
I long to try something I’ve never had.
Never had no kissin’, Oh, what I’ve been missin’.
Lover man, oh where can you be
?”

(extrait de “”Lover man“”)

Strange fruit” Ă©voque le corps d’un noir pendu Ă  un arbre. Il s’agit de la transposition d’un poème Ă©crit en 1937 par Abel Meeropol et qui dĂ©nonce les lynchages couramment pratiquĂ©s dans le sud des États-Unis.

Fine and Mellow” fait partie de ses propres compositions.

Ella Fitzgerald (1917 – 1996)

Ella se fait connaĂ®tre avec “A Tisket a tasket“. Son succès deviendra immense avec l’interprĂ©tation de morceaux des plus grands compositeurs amĂ©ricains du moment comme George Gershwin, Cole Porter (par exemple : “My heart belongs to daddy” ), Duke Ellington (par exemple : “Take the A train” )…

Porgy and Bess, dont est extrait ce magnifique duo avec Louis Armstrong, “Summertime“, est son enregistrement le plus connu.

Extrait

Summertime and the livin’ is easy
Fish are jumpin’ and the cotton is high
Oh your Daddy’s rich and your ma is good lookin’
So hush little baby, don’t you cry

Autre duo avec Armstrong, le cĂ©lèbre et sublime  “Dream a little dream of me

Autres succès connus : Mr Paganini. “Mr Paganini, if You Can’t Sing It, you’ll Have to Swing It

How High the Moon
Mack the Knife, qui est tirĂ© de l’OpĂ©ra de quat’ sous” de Brecht. Sur cette chanson interprĂ©tĂ©e Ă  Berlin, Ella a un trou de mĂ©moire et se met Ă  improviser un texte de façon tout-Ă -fait naturelle. On entend clairement Ă  deux reprises le nom “Louis Armstrong” qui n’est pas dans le texte d’origine. Elle rend ainsi hommage Ă  celui qui fit pour la première fois du scat (improvisation vocale Ă  base d’onomatopĂ©es). En effet, Louis Armstrong, un jour entame “Heebies Jeebies”, lâche le papier oĂą Ă©taient Ă©crites les paroles, et doit alors inventer le reste pour finir le chorus. Ella Fitzgerald deviendra une experte en scat avec notamment ses “bap bi dou dam”.

Quelques autres succès : le très doux et insurpassable “Sophisticated lady“, “Lullaby of Birdland“, “On the sunny side of the street“, “My melancholy baby“, “I’m beginning to see the light” (avec Count Basie), “Cow cow boogie“.

“On the sunny side of the street” Ă©voque la sĂ©grĂ©gation raciale quand les Noirs avaient l’obligation de marcher sur le trottoir exposĂ© au soleil et devaient laisser le trottoir ombragĂ© aux Blancs.

A suivre…

(Cet article comportera une seconde partie)

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.