La sonate serait-elle espagnole ?

La sonate serait-elle née en Espagne ? C’est la thèse que défend la revue Télérama (écouter la webradio ici). Selon cette revue, c’est le compositeur espagnol Antonio Soler qui serait à l’origine de cette forme classique. Mais nous verrons que les choses ne sont pas si simples. Cette thèse part d’une volonté de réhabiliter la musique espagnole trop méconnue. L’entreprise est louable mais la conclusion n’est guère probante. En effet, le journaliste soutient que Soler et Scarlatti composaient de vraies sonates. Or, les musicologues nous disent que ce n’étaient pas des sonates au vrai sens du terme même si elles pouvaient en porter le nom.

La naissance de la sonate Ă  Naples

Le journaliste fait observer que Soler et Scarlatti étaient compatriotes parce que leur pays faisaient partie de l’empire de Charles Quint. Ce point aussi est discutable : rétrospectivement, peut-on dire qu’ils sont de même nationalité au regard de l’Histoire ? Ne doit-on pas considérer ce fait comme un aléa des guerres de conquête ?

Antonio Soler (1729 – 1783) était, comme son prédécesseur Gaspard Sanz (1640 – 1710), un prêtre  espagnol qui composait de la musique. On peut écouter ses sonates sur Deezer. Mais tout comme Gaspard Sanz, Antonio Soler a appris la musique auprès de maîtres napolitains. Tous deux furent organistes même si Sanz choisit ensuite la guitare. Quant à Soler, il fut formé auprès du napolitain  Scarlatti. Bon, on  peut encore dire que ce dernier était presque espagnol puisqu’il passa les trente dernières années de sa vie en Espagne. Mais s’il y passa tout ce temps, il le mit à profit pour y introduire  son style très particulier, influencé certes par la musique populaire de son pays d’adoption. Donc, comme je disais, ce n’est pas simple…

La création de la sonate classique par l’Ecole de Vienne

- Haydn : Si Haydn est plus connu pour ses œuvres pour quatuors à corde qui firent sa renommée et pour ses symphonies, ce compositeur créa une soixantaine de sonates pour clavier, au moins, après avoir fixé cette forme musicale. Les sonates de Haydn dont la fameuse sonate n°59 en mi bémol explorent, avant Mozart et Beethoven, toutes les possibilités de la sonate classique et fondent les règles de ce classicisme. Ce que reconnaîtront les pianistes Glenn Gould et Vladimir Horowitz qui consacrèrent leur dernier disque publié de leur vivant aux sonates de Haydn. Hommage justifié pour ces œuvres à la fois limpides et originales, tantôt légères (ré majeur, ut majeur), tantôt plus graves (fa majeur, la bémol), qui portent la marque de ce compositeur rigoureux mais original (son côté autodidacte y est sans doute pour quelque chose).

- Mozart : Il a composé de célèbres sonates comme Sonate n° 16 en do majeur, KV545,  Sonate KV331 dont le très célèbre 3ème mouvement « à la turque ».

Beethoven instille le romantisme dans ses sonates pour piano.

32 Sonates, composées entre 1799 et 1824 dont les célèbres Sonate n° 8 opus 13, « Pathétique », Sonate n° 14 opus 27 n° 2, « Clair de lune », Sonate n° 23 opus 57, « Appassionata », Sonate n°21 opus 53 « Waldstein ». Les dernières sonates opus 109, 110 et surtout l’opus 111 figurent parmi les références du genre. Outre l’influence majeure incontestable de Haydn, Beethoven s’est fortement inspiré de Muzio Clementi dès 1795.

Il reste acquis que, malgré plusieurs siècles d’usage du mot « sonate », ce genre musical désigne la  forme donnée par Haydn et Mozart. Si le nom de Scarlatti fut associé à 555 « sonates » pour clavecin, ces pièces n’étaient pas des sonates au sens moderne. C’étaient des œuvres plus proches des « suites » que des sonates classiques. Rien ne permet donc d’affirmer qu’Antonio Soler fut le père de la sonate. Padre Soler fut « père « tout court !

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