Comment le menuet est devenu le scherzo

On dit que le menuet d’Exaudet a servi de timbre à plus de 200 chansons. Quant aux scherzos, le plus célèbre est certainement celui de Paul Dukas repris par Walt Disney dans Fantasia : “L’Apprenti sorcier, scherzo symphonique”.  Le menuet fut la seule danse de la suite baroque  à survivre à la disparition de celle-ci au profit des formes plus évoluées : sérénades,  sonates et symphonies. Il disparaît définitivement avec le scherzo beethovenien.

Du menuet “à petits pas”…

C’est pour le divertissement du roi que Jean-Baptiste Lully, compositeur officiel du Roi Soleil, donna au menuet son heure de gloire. Le souverain adorait danser.  De plus, le menuet est une danse à la chorégraphie noble et imposante qui, alliée aux fastes de Versailles, peut offrir à la monarchie tout son éclat et lui permettre d’éblouir les cours d’Europe.

Mais la danse est plus ancienne. Elle serait originaire du Poitou et tirait son nom de ce qu’on la dansait à pas menuets (à petits pas).

Le menuet faisait partie des danses facultatives de l’ancienne suite baroque au même titre que la gavotte ou la bourrée, autres danses traditionnelles à la structure formelle d’ailleurs très proche.  Le menuet est une danse à trois temps égaux et à mouvement relativement modéré car, si son tempo est relativement rapide, la chorégraphie, les mouvements, sont basés sur les mesures (sur les blanches pointées), ce qui en fait une danse finalement assez lente.  Par cette force toute contenue, le menuet est gracieux, aérien, noble et élégant.

Ce qui explique qu’au XVIII ème siècle, les théoriciens en défendront la spécificité et la pureté face aux diverses altérations populaires qui l’assaillent.

Le célèbre menuet du violoniste français André-Joseph Exaudet, tiré d’une de ses sonates en trio, deviendra un modèle pour bon nombre d’autres pièces. Il a servi à plus de deux cent danses jusqu’au début du XXème siècle.

Le menuet ne disparaît pas avec l’appartion de la sonate. Il y sera intégré, en troisième position. Rappelons que dans la suite baroque, le menuet s’insérait après la sarabande et avant la gigue.  Mais sa présence était facultative.

La structure du menuet est binaire comme toutes les danses anciennes. Chaque partie est répétée, supportant alors quelques ornements supplémentaires. Dès que le premier menuet se termine, un second commence. On le nomme trio car souvent, il était écrit à trois voix, la basse se taisant lors son exécution. Le trio, plus lent et plus sentimental en général, adopte la même structure binaire et répétée. Suit alors le retour du premier menuet joué, cette fois, sans les reprises.

Il y aura encore des menuets dans les symphonies de Haydn, de Beethoven, de Stamitz, mais il disparaît ensuite, remplacé par le scherzo.

… au scherzo symphonique monumental

D’origine italienne, le scherzo désigne une composition de caractère plaisant ou divertissant (littéralement « plaisanterie »). Puis il désigne une évolution du menuet dont il garde la structure de deux reprises, un trio d’une ou deux reprises, un da capo (retour au début) sans reprise, et se terminant souvent par une Coda (”queue”). La carrure thématique est généralement de seize mesures se divisant en deux demi-phrases égales articulées en deux fois quatre mesures. Les menuets et les scherzos s’écrivent toujours avec une mesure à trois temps, 3/4 le plus souvent. La différence essentielle réside dans la manière de prendre la pulsation, de battre la mesure :

- le menuet, battu à la noire le plus souvent dans un tempo modéré, est une danse à trois temps binaires, le premier un peu appuyé, le deuxième en écho, le troisième rebondi ;
- le scherzo est pris à la mesure, le temps égal à la blanche pointée devient ternaire ; contrairement à la valse qui suit une évolution parallèle, ce n’est plus une danse mais uniquement une musique instrumentale. Le trio change souvent de tonalité et parfois de mesure.

Le scherzo devient une pièce à part entière comme chez Chopin (Scherzo dit le « Banquet Infernal »), Brahms (Scherzo pour piano) ou encore Stravinski (Scherzo fantastique, Scherzo à la russe… ).

Ou bien la troisième partie d’une sonate ou d’une symphonie.  Généralement en troisième position dans la forme musicale sonate traditionnelle, on le retrouve aussi bien en deuxième mouvement comme par exemple dans la symphonie n° 9 de Beethoven où il prend des proportions monumentales, ou encore dans la troisième sonate de Chopin.

Le plus célèbre est sans nul doute le poème symphonique de Paul Dukas d’après la ballade de Goethe et popularisé par Walt Disney dans Fantasia : L’Apprenti sorcier, scherzo symphonique.

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