Archive for the ‘Histoire du jazz’ Category

Jazz & Blues : The best playlist !

Mercredi, février 16th, 2011

Voici la meilleure playliste de jazz et de blues sur Jamendo ! Très complète et variĂ©e (instrumentaux, tous styles, jazz vocal…). 274 titres classĂ©s Ă  ce jour.

Mais vous pouvez bien entendu encore la perfectionner.

Sans plus attendre le lien : BEST OFF JAZZ

Le blues

Mercredi, novembre 10th, 2010

Cet article est très largement inspirĂ© de l’article de Jean Bourdariat que vous pouvez lire ici. Merci Ă  lui.

Les premiers chanteurs de blues ont Ă©tĂ© les Noirs qui ramassaient le coton dans les plantations du sud des Etats-Unis. Dans les annĂ©es 1950, des “passeurs” ont permis de faire prendre la musique de rock blanche. Cette transmission culturelle a permis de rendre moins insupportable les barrières raciales.

La naissance du blues

Le blues est né au début du XXe siècle parmi les populations noires travaillant au ramassage du coton dans les grandes propriétés du sud des Etats-Unis. C’était le temps du racisme institutionnalisé par les lois organisant la ségrégation raciale.

Au départ et pendant plusieurs dizaines d’années, le blues a été la très simple association d’une voix masculine et d’une guitare sèche. Parfois la guitare sèche était remplacée par une flûte rustique à un ou deux trous, ou par le rythme d’un manche à balai cognant un plancher de bois.

De nombreuses chansons, celles de Mississippi John Hurt, de Skip James ou de Lightning Hopkins par exemple, commencent avec la guitare, ensuite la voix entonne son chant et monte tranquillement des graves vers un peu plus d’aiguës. Elle revient après quelques instants à la note de départ, comme si le chanteur se levait de son banc, tournait en marchant devant lui sur le sol poussiéreux et revenait s’asseoir, ainsi qu’un animal de la savane parcourant à longueur de journée la cage qui le retient. La guitare n’est parfois qu’un léger accompagnement rythmé de la voix. A d’autres moments, la virtuosité du guitariste fait échapper les notes qui s’envolent et tournent comme des papillons blancs qui s’évadent en grappe, puis revient sur terre en laissant entendre des accords modulés et plaintifs.

D’autres chansons de blues sont criées par une voix en colère qui demande s’il y a quelqu’un dans le ciel, c’est par exemple la voix de Son House ou celle de Blind Willy Johnson. Le ton rauque et haché du chant et le déchirement de la gorge sont projetés au visage de l’auditeur.

Le blues est une musique très différente de celle des gospels, même si la plupart des chanteurs de blues aimaient le gospel et se rendaient à l’office le dimanche. A la fin des années 1920, la notoriété de certains bluesmen est parvenue aux oreilles de producteurs blancs qui commencent à les enregistrer avec les moyens de l’époque. Pour ces chanteurs, gagner quelques dizaines de dollars grâce à leurs chansons était un espoir insensé. Malheureusement, la crise de 1929 interrompt ce début de reconnaissance. Les quelques chanteurs de blues qui ont été distingués retournent dans leur champ de coton, leur blanchisserie ou leur usine.

Blues et racisme

Pendant les vingt ans qui suivent, le blues reste une musique chantée par des Noirs et pour les Noirs. Le chanteur professionnel passe sa vie en autobus ; il se produit dans des cabarets d’une ville à l’autre du sud du pays. BB King, qui a aujourd’hui dépassé les 80 ans, raconte qu’à l’époque, s’il chantait bien, le patron du cabaret lui donnait deux cuisses de poulet. Si c’était moyen il n’en avait qu’une. Si c’était mauvais, il ne recevait rien du tout.

A cette époque, Memphis était le cœur du pays du blues, et plus encore Beale Street, une rue devenue emblématique, dont les bulldozers et les nouvelles construction ont maintenant fait perdre la magie. Le chanteur de rock Jim Dickinson vivait enfant à Memphis. Il est de la même génération que Bob Dylan. Adolescent dans les années 1950, Dickinson s’est dit hypnotisé et envoûté par le blues. Mais à cause des barrières raciales, il raconte qu’il n’y avait pas accès et qu’il n’a pu entendre que très peu de cette musique : « Beale Street était à Memphis un îlot noir au milieu d’un océan blanc  », disait-il.

Un passeur de musique noire

Sam Phillips aura joué un rôle de « passeur » sans doute décisif entre les cultures des communautés noires et blanches des Etats-Unis. En 1950, il ouvre à Memphis une maison de production dont la devise est : « nous enregistrons n’importe quoi n’importe où n’importe quand ». Dénué de préjugé racial, il aura la confiance des plus grands chanteurs noirs : Howlin’Wolf, BB King, Ike Turner, Rosco, Rufus Thomas, James Cotton. Il trouvera son rôle de « passeur interculturel » en cherchant à faire passer le style et le feeling des musiciens noirs vers des chanteurs blancs. C’est ainsi qu’il sera le découvreur d’un chanteur blanc du Sud, pauvre et inconnu, Elvis Presley. « Il n’y avait pas de Noir plus pauvre que lui », disait Sam Phillips.

Peu avant sa mort en 2003, Sam Phillips, qui Ă©tait Blanc, raconte cette Ă©poque Ă  Ike Turner : « Ce qu’on m’a le plus reprochĂ©, c’est que les Noirs Ă©taient pas pareils que les Blancs. Moi, je connaissais tout le monde, mais pas d’agitateur raciste, rien. Et les gens ne comprenaient pas ce que je fabriquais avec une bande de Nègres. C’est l’exacte vĂ©ritĂ©, j’ai travaillĂ© avec les plus grands, mais les autres [blancs] venaient me dire “t’as pas dĂ» avoir de sĂ©ance hier, ou alors tu t’asperges au dĂ©odorant…” C’était cruel, vraiment cruel. Mais tu crois que je les engueulais ? J’aurais jouĂ© leur jeu si je les avais engueulĂ©s ! J’ai continuĂ© Ă  faire mon truc. Je me disais : il faut qu’on crĂ©e quelque chose de vraiment bon et qui, peut-ĂŞtre, en mĂŞme temps, aurait un effet durable sur ce que pensent les humains les uns des autres ».

Ike Turner lui répond : « Tu m’as pas fait me sentir Noir, ou effrayé, ou obligé de m’asseoir là-bas, ou d’entrer par la porte de derrière ». (a)

La reconnaissance enfin !

La musique va avoir une efficacité thérapeutique décisive auprès des populations racistes du sud des Etats-Unis. Vers la fin des années 1950, dans la foulée d’Elvis Presley et grâce à des personnes comme Sam Phillips, les groupes de rock adoptent le style musical du rythm’n’blues noir. « Ils ont copié le style noir ou essayé d’imiter. En tout cas, ils ont emprunté beaucoup  », s’offusque Ike Turner. Mais ces emprunts ont ouvert un chemin entre les deux cultures qui ne se refermera plus. Au Festival de Newport, en 1963 et en 1964, les chanteurs de l’avant-guerre sont tirés de leur maison misérable, de leur hôpital, de leur maison de retraite. Skip James, qui ne s’était plus produit depuis trente-trois ans, se met à jouer devant un jeune public majoritairement blanc, retrouvant ses marques comme s’il n’avait jamais quitté la scène.

Un jour des années 1960, BB King et son groupe arrivent à Memphis pour un concert. Devant l’immeuble où se trouve la salle, une file de jeunes Blancs fait la queue qui s’allonge tout autour du bloc. BB King demande au chauffeur de bus de repartir et de chercher la bonne salle car il pense qu’il s’est trompé d’adresse. Le chauffeur repart, mais revient quand même se garer devant le même immeuble. A son entrée en scène, tout le public se lève et se met à applaudir debout BB King, qui se met à pleurer. Lui qui toute sa vie n’avait chanté que devant un public noir se retrouve pour la première fois devant un salle remplie à 90 % de Blancs.

Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné. Tout le sud des Etats-Unis s’embrase. Tout le Sud ? Non. Il n’y aura pas d’émeute à Memphis. Grâce à l’action de pionniers, le blues est désormais un style musical partagé par une partie des populations blanches et noires. La musique a ouvert des passerelles qui ont rendu les barrières raciales moins insupportables.

(a) D’après le film La Route de Memphis, de Richard Pearce et Robert Kenner

Ceux qui aiment cette musique doivent voir absolument la remarquable série The Blues, sept films produits par Martin Scorsese, Wild Side Video

Le rock doit tout au blues: structurellement, c’est du blues avec un rtyme qui passe Ă  2 temps au lieu de 3 et avec un tempo augmentĂ©. Les Rolling Stones ont tirĂ© leur nom d’un morceau de Muddy Waters. Et ce dernier a composĂ© “I cant’ be satisfied” (titre qui a sans doute inspirĂ© “no satisfaction” des Stones mĂŞme si ce tube des Stones ne ressemble pas Ă  la musique de Muddy Waters). Quand on Ă©coute des morceaux de Muddy Waters, comme « Hoochie Coochie Man » (Ă©coutez sur deezer.com), on entend nettement le thème rythmique de “Trouble” d’Elvis Presley. (traduit ensuite dans un navrant “si tu cherches la bagarre” pour johnny Halliday).

Le rock doit tout au blues. Il était donc normal que le blues revienne à la mode grâce au rock. Collaborations musicales qui ont donné des chefs-d’oeuvre: En 1989: John Lee Hooker et Carlos Santana par exemple (sur deezer aussi)

B.B King, lui, gagne sa notoriĂ©tĂ© mondiale grâce aux Rolling Stones dont il assure la première partie pendant leur tournĂ©e amĂ©ricaine de 1969. Il collabore avec le group New wave U2 en 88, avec le titre “When Love Comes To Town” (Ă©coutable sur deezer toujours…). Autre merveille de collaboration: avec Eric Clapton l’album “Riding With the King”.

Cet article a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© publiĂ© sur internet. Voici un commentaire intĂ©ressant que j’ai reçu alors :

Merci pour votre article. On n’en lit pas souvent sur ces sujets.

Je relis votre article qui est vraiment bien fait. J’en profite pour prĂ©ciser mon propos du commentaire: le blues a donnĂ© naissance directement au rock. Cela n’est pas le cas pour le jazz, issu Ă©galement du blues mais qui est le fruit d’un mĂ©tissage avec d’autres formes musicales (ragtime, classique…).

Autre prĂ©cision que je voulais apporter: le rock n’est bien sĂ»r pas nĂ© du blues traditionnel tel qu’on le jouait dans les campagnes, mais bien du blues urbain des annĂ©es 50, amplifiĂ© et Ă©lectrisĂ© (guitare). Bref, il est bien nĂ© de la musique de Muddy Waters qui est bien le bluesman pionnier du rock Ă  ce titre. Les Rolling Stones le confirmeraient…

C’est grâce aussi aux groupes de rock britanniques de années 60, qui ont beaucoup exploré les genres musicaux, que le rock a pris une seconde jeunesse (voire n’a pas purement et simplement disparu en 1959) et que le blues a été remis à l’honneur. Et c’est tant mieux pour tous ces géniaux musiciens et chanteurs de blues, qui le plus souvent sont noirs et n’atteignaient pas le succès mérité pour cette seule raison.

Il n’empĂŞche que la recherche de blancs chantant comme des noirs est encore actuelle. La talentueuse Amy Winehouse est surnommĂ©e “la blanche qui chante comme une Black” par le patron de sa maison de disque. Et oui, l’idĂ©e demeure, sauf qu’on ne dit plus “noir” mais “black”.

Voix féminines du jazz et quelques tubes

Jeudi, septembre 23rd, 2010

Preuve que le jazz ne dĂ©mode pas, il resurgit parfois sous forme de tubes planĂ©taires. Nous allons commencer par contenter le mĂ©lomane pressĂ© en prĂ©sentant ces succès. Puis, les autres lecteurs pourront rester  et nous irons Ă  la pĂŞche aux perles…

Des tubes de jazz féminins !

En 2002, une jeune et merveilleuse chanteuse se rĂ©vèle aux oreilles du monde entier avec son album “Come away with me”. Un vĂ©ritable tsunami musical dĂ©ferle sur les ondes et 20 millions d’exemplaires seront vendus. 5 rĂ©compenses aux Grammy Awards de 2003 viennent aussitĂ´t couronner la nouvelle star du jazz : (“disque de l’annĂ©e”, “album de l’annĂ©e”, et “chanson de l’annĂ©e” pour “Don’t know why“. Tout le monde aura reconnu Norah Jones. Cette jeune chanteuse, nĂ©e en 1979, Ă  la voix douce et ensorceleuse sĂ©duit jeunes et vieux. Ses ballades sont mĂŞlĂ©es de jazz, de folk et de mellow pop. Norah est la fille d’un grand musicien, le joueur de sitar Ravi Shankar (lire mon article sur son cĂ©lèbre papa).

Mais ce n’est pas la première fois qu’une chanson de jazz devient un tube planĂ©taire. On se souviendra de Nina Simone et de son “My baby just cares for me (1987) qui fit danser dans les boĂ®tes de nuit de annĂ©es 80. Pianiste et chanteuse amĂ©ricaine (1933 – 2003), la chanteuse, qui aimait la France, choisit le pseudonyme de Simone en hommage Ă  Simone Signoret après avoir vu le film “Casque d’or”. Nina Simone mourut en France oĂą elle s’Ă©tait rĂ©fugiĂ©e en 1974 fuyant le racisme qui sĂ©vissait aux Etats-Unis. Elle lutta d’ailleurs contre ce mal avec ses chansons, notamment “Four woman” (version longue en “live”) qui rend hommage Ă  quatre jeunes filles noires tuĂ©es dans un attentat raciste de 1963, et “The king of love is dead” en1968, l’annĂ©e de l’assassinat de Martin Luther King. Ecoutons-la dans cette version de “I love you Porgy” de Gershwin.

Avant Norah, avant Nina, il y eut d’autres tubes, comme “La Belle vie“, une chanson de Sacha Distel dont l’interprĂ©tation ici est de Dee Dee Bridgewater, qui – ironie du cette prĂ©sentation – est nĂ©e Ă  Memphis Tennessee, ville oĂą fut tuĂ© Luther King.  Je vous conseille au passage “Precious thing“, un duo Dee Dee Bridgewater – Ray charles.

Autres standards cĂ©lèbres :  “Cry me a river” chantĂ©e” par  Julie London en 1955. Et l’inoubliable “Unforgettable” de Natalie Cole en duo avec son père Nat King Cole.

Cette liste n’est bien sĂ»r pas exhaustive (voir ci-dessous “Stormy Weather” par exemple) mais il est temps de passer aux autres grandes voix et aux perles…

De grandes voix du jazz

Comment ne pas Ă©voquer d’entrĂ©e Sarah Vaughan ? En dĂ©cembre 1944, elle enregistre une splendide version de « A Night in Tunisia » sous le nom de  “Interlude” avec Charlie Parker et Dizzy Gillespie, excusez du peu.  Quelques autres titres : “Nice work if you can’t get it” de Gershwin, “But not for me“, de Gerswhin toujours, “Stormy weather“.

Anita O’Day (1919 – 2006) est une pure autodidacte. Le 28 octobre 1970, lors d’un passage Ă  Paris en première partie de Charlie Mingus, elle fut victime de racisme inversĂ© : huĂ©e et insultĂ©e par le public pendant plus d’une demi heure parce qu’elle Ă©tait blanche. Charlie Mingus finit par  venir au micro exrpimer son indignation. Quelques-uns de ses titres : “Black coffee“, “Sing, sing, sing“, “Honeysuckle Rose“, “Misty“.

J’en viens Ă  la belle blonde Diana Krall. Canadienne et Ă©pouse d’Elvis Costello, chacun de ses concerts fait un carton. Nous indiquerons ici quelques titres : “I’m an errand girl for rythm“, “‘S wonderful“, “All or nothing at all“, “Peel me a grape“, “I don’t know enough about you“, “Let’s face the music and dance“, “Devil may care“.

La chanteuse de jazz amĂ©ricaine Stacey Kent marie la littĂ©rature et la musique. Il faut dire qu’elle a obtenu un diplĂ´me en littĂ©rature comparĂ©e et qu’elle a par la suite rencontrĂ© son mari en Grande-Bretagne, le saxophoniste Jim Tomlinson. Je lui ai dĂ©jĂ  consacrĂ© un article (lire ici). Quelques titres au passage : “Ces petits riens“, “Samba Saravah“, “The ice hotel“, “Au coin du monde“.

MĂ©lody Gardot est une valeur montante. RenversĂ©e par une voiture l’âge de 19 ans, elle surmontera  ses graves traumatismes grâce Ă  la musicothĂ©rapie. Dans la foulĂ©e, elle est devenue compositrice et interprète de jazz ! Mais elle jouait dĂ©jĂ  du piano avant son accident. Quelques titres : “Worrisome heart“, “All that i need is love“, “Les Ă©toiles“.

Robin McKelle est une chanteuse amĂ©ricaine souvent comparĂ©e Ă  Ella Fitzgerald.  Ecoutons-la dans son interprĂ©tation du cĂ©lèbre “cheek to cheek“. Quelques autres titres : “Abracadabra“, “Mess around“, “Make someone happy“.

Mon “coup de cĹ“ur”

J’ai choisi de vous faire dĂ©couvrir la chanteuse Elisabeth Kontomanou. Je suis sĂ»r qu’Ă  l’Ă©couter vous comprendrez la raison de mon choix. Cette voix prodigieuse est celle d’une française d’origine grĂ©co-guinĂ©enne. Deux titres superbes pour vous mettre en appĂ©tit : “Back to my groove“, “What a life“.

Hommage Ă  Abbey Lincoln

La chanteuse, qui Ă©tait devenue (avec son ex-Ă©poux, le batteur Max Roach) la rĂ©fĂ©rence de l’engagement pour les droits civiques, est dĂ©cĂ©dĂ©e le 17 aoĂ»t 2010. Choix de titres : “The music is the magic“, “Blue monk“, “Afro blue”, mais bien d’autres titres mĂ©ritent d’ĂŞtre connus.

Liste complémentaire 1  (avec liens) :

- Helen Merrill : “Why don’t you do right“, “Sometims i feel like a motherless child“.

- Shirley Horn : “Here’s to life“, “I just found out about love“.

- LaĂŻka Fatien : “Zigaboogaloo“, “Lady’s back in town“.

Liste complémentaire 2  (sans liens) : par ordre alphabétique :

Susanne Abbuehl, Mina Agossi, Karrin Allyson, MĂ©lanie Dahan, Anne Ducros, Lisa Ekdahl, Sidsel Endresen, Karen Lano, Sara Lazarus, Jeanette Lindstrom, Petra Magoni, Carmen McRae, Terez Montcalm, China Moses, Madeleine Peyroux, Dianne Reeves, Marjolaine Raymond, Claudia Solal, Nathalie Soles, Mary Lou Williams, Cassandra Wilson, Norma Winstone, Lizz Wright.

Bonne écoute et à bientôt pour la suite de cette série sur le jazz !

Les voix féminines du jazz (1)

Lundi, septembre 20th, 2010

A l’origine Ă©tait le blues de Bessie Smith. C’est elle qui inspira Billie Holiday, Sarah Vaughan et bien d’autres chanteuses de jazz ou de blues.

Bessie Smith (1894 – 1937)

Cette orpheline très pauvre qui devint l’impĂ©ratrice du blues,  enregistra sa toute première chanson  en 1923, “Downhearted Blues” (le Blues abattu). Nuits blanches, bagarres, violentes disputes conjugales, ivresses et consommation de joints Ă©taient son lot quotidien mais aussi sa source d’inspiration.  Elle a chantĂ© avec de grands jazzmen dont Louis Armstrong avec qui elle grava un “Saint Louis Blues” dĂ©chirant.  La carrière de Bessie Smith fut freinĂ©e par le dĂ©but de la Grande DĂ©pression des annĂ©es 1930. Elle mourut dans un accident automobile alors qu’elle commençait Ă  renouer avec le succès. La plupart de ses titres sont aujourd’hui considĂ©rĂ©s comme des classiques de la musique noire-amĂ©ricaine.

Saint Louis Blues” (vidĂ©o) ou Ă©couter sur Deezer cette version blues-gospel d’excellente facture (bien que le son soit ancien), “Jailhouse Blues“, “Careless Love“, Weeping Willow Blues“, Back Water Blues“, “Nobody Knows you When you’re Down and Out“,”Gimme a Pigfoot” (vidĂ©o) ou Ă  Ă©couter sur Deezer,”Take Me for a Buggy Ride“,”I’m Down in the Dumps“. Liste complĂ©mentaire : “Devil’s Gonna Git You”, “Empty Bed Blues”, “Do Your Duty”, “Jazzbo Brown From Memphis Town”, “Nobody’s Blues But Mine”.

“Trouble, trouble, I’ve had it all my days,
Trouble, trouble, I’ve had it all my days;
It seems like trouble going to follow me to my grave…”

(extrait de “Down-Hearted Blues” de Hunter-Austin)

“Gimme a pigfoot and a bottle of beer
Send me a gate I don’t care
feel just like I wanna clown
Give the piano player a drink
Because he’s bringing me down
He’s got rhythm yeah, when he stamps his feet
He sends me right off to sleep
Cheek all your razors and all your guns
We’re gonna be arrested when the wagon comes…”

(extrait de “Gimme a pigfoot” de Wesley ‘Sox’ Wilson)

Billie Holiday (1915 – 1959)

Billie Holiday n’avait pas une voix aussi puissante que Sarah Vaughan mais elle surclassait celle-ci dans le registre de l’émotion. Sinatra dĂ©clara que Lady Day (son surnom donnĂ© par son ami le saxophoniste Lester Young) fut la chanteuse qui l’inspira le plus. La grande Ella Fitzgerald n’a jamais manquĂ© de dire que Billy Holiday Ă©tait “la plus grande chanteuse de jazz de tous les temps“. “Quand quelqu’un vous donne autant de libertĂ©, vous y croyez et vous ĂŞtes heureux. C’est plus fort que vous“, dĂ©clarait Betty Carter.

Sophisticated lady” (1), “The man i love” (de Gershwin), “All of me” (1), “God bless the child“, “My man“, “Gloomy sunday”, “Love me or leave me“, “Night and day” (de Cole Porter), “Body and soul“…

(1) (accompagnée de Lester Young)

I don’t know why but I’m feeling so sad,
I long to try something I’ve never had.
Never had no kissin’, Oh, what I’ve been missin’.
Lover man, oh where can you be
?”

(extrait de “”Lover man“”)

Strange fruit” Ă©voque le corps d’un noir pendu Ă  un arbre. Il s’agit de la transposition d’un poème Ă©crit en 1937 par Abel Meeropol et qui dĂ©nonce les lynchages couramment pratiquĂ©s dans le sud des États-Unis.

Fine and Mellow” fait partie de ses propres compositions.

Ella Fitzgerald (1917 – 1996)

Ella se fait connaĂ®tre avec “A Tisket a tasket“. Son succès deviendra immense avec l’interprĂ©tation de morceaux des plus grands compositeurs amĂ©ricains du moment comme George Gershwin, Cole Porter (par exemple : “My heart belongs to daddy” ), Duke Ellington (par exemple : “Take the A train” )…

Porgy and Bess, dont est extrait ce magnifique duo avec Louis Armstrong, “Summertime“, est son enregistrement le plus connu.

Extrait

Summertime and the livin’ is easy
Fish are jumpin’ and the cotton is high
Oh your Daddy’s rich and your ma is good lookin’
So hush little baby, don’t you cry

Autre duo avec Armstrong, le cĂ©lèbre et sublime  “Dream a little dream of me

Autres succès connus : Mr Paganini. “Mr Paganini, if You Can’t Sing It, you’ll Have to Swing It

How High the Moon
Mack the Knife, qui est tirĂ© de l’OpĂ©ra de quat’ sous” de Brecht. Sur cette chanson interprĂ©tĂ©e Ă  Berlin, Ella a un trou de mĂ©moire et se met Ă  improviser un texte de façon tout-Ă -fait naturelle. On entend clairement Ă  deux reprises le nom “Louis Armstrong” qui n’est pas dans le texte d’origine. Elle rend ainsi hommage Ă  celui qui fit pour la première fois du scat (improvisation vocale Ă  base d’onomatopĂ©es). En effet, Louis Armstrong, un jour entame “Heebies Jeebies”, lâche le papier oĂą Ă©taient Ă©crites les paroles, et doit alors inventer le reste pour finir le chorus. Ella Fitzgerald deviendra une experte en scat avec notamment ses “bap bi dou dam”.

Quelques autres succès : le très doux et insurpassable “Sophisticated lady“, “Lullaby of Birdland“, “On the sunny side of the street“, “My melancholy baby“, “I’m beginning to see the light” (avec Count Basie), “Cow cow boogie“.

“On the sunny side of the street” Ă©voque la sĂ©grĂ©gation raciale quand les Noirs avaient l’obligation de marcher sur le trottoir exposĂ© au soleil et devaient laisser le trottoir ombragĂ© aux Blancs.

A suivre…

(Cet article comportera une seconde partie)

Les saxophonistes ténors de jazz

Vendredi, septembre 17th, 2010
Lester Young
Lester Young

Le saxophone tĂ©nor est devenu l’instrument emblĂ©matique de la musique de jazz.  Cet instrument est rarement utilisé  en musique classique oĂą le saxo alto domine. On relève cependant de notables exceptions comme le BolĂ©ro de Ravel, RomĂ©o et Juliette de Prokofiev,  Valse n°2 » de la Suite pour orchestre de jazz n° 2 de Chostakovitch, Tableaux d’une exposition » (pièce n°2, « Le vieux château ») de Moussorgski.

Le registre et le timbre du tĂ©nor le rapprochent de la voix humaine.  Par ailleurs, le son du souffle du musicien y est très perceptible, accentuant cette proximitĂ© entre l’auditeur et l’interprète.  Si le saxo se diffĂ©rencie des saxos soprano et alto, le jeu diffère entre les saxophonistes tĂ©nors : par exemple, celui de Coleman Hawkins est vif voire criard, celui de Lester Young est chaud et sentimental voire mĂ©lancolique.

La musique de la Panthère rose de Mancini est un exemple cĂ©lèbre de l’usage du saxo tĂ©nor dans le jazz.

I – Coleman Hawkins, mister Bean, “invente” le saxophone

C’est par Coleman Hawkins (1904 – 1969) que le saxo tĂ©nor est entrĂ© dans  le jazz. Ce dernier, surnommĂ© Bean (“haricot”), sortira le saxophone de l’oubli et lui offrira une seconde naissance, crĂ©ant un son qui est encore celui du jazz d’aujourd’hui. Il invente une nouvelle manière de jouer du saxo et il en fait un instrument soliste incontournable.

On le voit sur cette vidĂ©o interprĂ©ter un solo de plusieurs minutes avant d’ĂŞtre rejoint par l’orchestre et alors ça se met Ă  swinger !

On le voit sur cette autre vidéo en compagnie du saxo alto Charlie Parker.

Quelques titres essentiels :

When lights are low
Body and soul
The man i love
Bouncing with Bean
Prisoner of love
Stardust
Desafinado
Hocus pocus

II – Lester Young, “Prez” ou le petit homme qui changeait la vie

C’est Ă  Lester Young (1909 – 1959) que je pense quand j’entends ce passage d’une chanson de Goldman :

C’Ă©tait un p’tit bonhomme, rien qu’un tout p’tit bonhomme
Malhabile et rêveur, un peu loupé en somme
Se croyait inutile, banni des autres hommes
Il pleurait sur son saxophone

ll y mit tant de temps, de larmes et de douleur
Les rêves de sa vie, les prisons de son cœur
Et loin des beaux discours, des grandes théories
Inspiré jour après jour de son souffle et de ses cris
Il changeait la vie
.”

Son destin tragique est indissociable de celui non moins tragique de Billie Holiday, sa fidèle amie. Il mourut en 1959 Ă  l’âge de 49 ans des suites de ses excès d’alcool et Billie le suivit quelques mois après.

La vie de Lester Young inspira Bertrand Tavernier pour le film “Autour de minuit” oĂą le personnage principal, saxophoniste alcoolique, est interprĂ©tĂ© par le jazzman Dexter Gordon, qui dĂ©cĂ©dera peu de temps après le tournage.

Lester Young rompra avec le style de Coleman Hawkins, son jeu se fait doux. “Ce chant de saxophone, mat, dĂ©timbrĂ©, presque sans vibrato sauf sur la dernière note de ses phrases doucement dĂ©chiquetĂ©es, donnait au crĂ©puscule une beautĂ© d’aube sur une deuxième planète, la nĂ´tre, dĂ©livrĂ©e de la violence” (Michel Contat, TĂ©lĂ©rama). Lester Young inspira le mouvement cool et Miles Davis.

On le voit sur cette vidĂ©o accompagner Billie Holiday sur “Fine and mellow”. Beaucoup d’Ă©motion dans les interprĂ©tations de ce duo cĂ©lèbre.

Sur cette autre vidĂ©o, Lester Young joue “Penny from heaven”.

Quelques titres essentiels :

On the sunny side of the street
She’s funny that way
Love me or leave me
Pres returns
All of me
Lady, be good
Sometimes i am happy
These foolish things
I can’t get started
Shoe shine boy

III – Sonny Rollins, l’homme sur le pont

Sonny Rollins (nĂ© en 1930) commence par jouer au piano puis passe au saxophone alto qu’il reçoit Ă  l’âge de 8 ans mais choisira finalement le saxophone tĂ©nor Ă  l’âge de 16 ans. Il y a deux grandes pĂ©riodes dans la carrière de Sonny Rollins.

- La pĂ©riode des annĂ©es 40 – 50 avec son adhĂ©sion au mouvement Hard-Bop,  rejoignant Thelonious Monk (auprès duquel il fait ses classes), John Coltrane et Miles Davis.  Le Hard-Bop est un courant de rĂ©action au jazz cool jugĂ© fade.  Ce style est marquĂ© par un tempo plus lent que le Be-Bop, la part du rythme y est nettement plus marquĂ©e.  Cette première pĂ©riode de la carrière de Sonny Rollins connaĂ®t son apothĂ©ose avec l’album Saxophone Colossus en 1956 sur lequel figurent ses plus cĂ©lèbres compositions comme St. Thomas (un calypso caribĂ©en basĂ© sur une mĂ©lodie chantĂ©e par sa mère dans son enfance), Strode Rode (hard bop au rythme rapide) et Moritat une composition de Kurt Weill Ă©galement connue sous le nom Mack the Knife.

Le tournant dĂ©cisif :  En 1959, Sonny Rollins se retire pour trois ans. ll perçoit ses propres limites musicales, d’autant plus qu’il a dĂ» rompre avec la cocaĂŻne quelques annĂ©es plus tĂ´t Ă  la suite de condamnations pĂ©nales. Il crut alors que sa sobriĂ©tĂ© porterait atteinte Ă  sa musicalitĂ©. Cela ne fut pas le cas. C’est aussi alors l’essor du free-jazz et le succès triomphant de John Coltane et d’Ornette Coleman.

- La pĂ©riode post-Hard Bop : Son retour en 1962 se traduit par une rupture avec le mouvement Hard-Bop et un album nommĂ© “The Bridge” parce que pendant sa trĂŞve de trois annĂ©es, il passa des heures Ă  jouer, seul, sous le pont Williamsburg Bridge Ă  New-York. Lien : The Bridge.

L’oeuvre de Rollins devient alors un bouillon de culture : il accommode Ă  sa convenance les audaces du free-jazz. C’est d’ailleurs un de ses standards – “The night has a thousand eyes” – qui sera justement choisi pour le gĂ©nĂ©rique de “Bouillon de culture”, l’Ă©mission littĂ©raire de Bernard Pivot.

Quelques autres titres essentiels :

Don’ t stop the carnaval
Blue seven
But not for me (avec Miles Davis)

Vidéos de Sonny Rollins :
Tenor madness
Sonny Rollins raconte sa rencontre avec Miles Davis

IV – Stan Getz, un Blanc nommĂ© “The Sound”

De son vrai nom Stanley Gayetzsky, Stan Getz ( 1927 – 1991) eut aussi droit Ă  un surnom, « The Sound » (« Le Son »), en raison de la sonoritĂ© ample, pure et riche de son jeu que John Coltrane lui-mĂŞme enviait.

Il fut le grand reprĂ©sentant du jazz cool, un genre essentiellement jouĂ© par des Blancs.  On notera par exemple  son interprĂ©tation fameuse des Feuilles mortes : “Autumn leaves“. En 1962,il dĂ©couvre le BrĂ©sil et la bossa nova. Il enregistre Ă  New York en 1963 le fameux album Getz/Gilberto avec le “père” de la bossa nova, JoĂŁo Gilberto. Ecouter “The Girl from Ipanema“. Quelques autres titres : “Early autumn“, Billie’s Bounce.

V – Quelques autres saxophonistes tĂ©nors connus

La liste ne saurait ĂŞtre exhaustive. Il convient toutefois de citer Dexter Gordon (1923 – 1990), qui joua le personnage principal d’Autour de minuit” De Tavernier et qui fut un grand reprĂ©sentant du mouvement Hard Bop.  Et Ben Webster (1909 – 1973), qui fut avec Coleman Hawkins et Lester Young un des principaux joueurs de saxophone tĂ©nor de l’Ă©poque du swing. Et enfin Archie Shepp (nĂ© en 1937) qui joue aussi du saxophone soprano.

Les saxophonistes altos et sopranos du jazz

Mercredi, septembre 15th, 2010
Charlie Parker

Très utilisé dans la musique classique, le saxophone alto a aussi servi le jazz au travers de grands noms de musiciens. Nous lui associons, pour cet article, le saxophone soprano. Un article précédent a été consacré au saxophone ténor dans le jazz.

Johnny Hodges (1906 – 1970) : DĂ©couvert par Sidney Bechet, il participera aux dĂ©buts de John Coltrane.

Ce saxophoniste alto et soprano amĂ©ricain  fut dĂ©couvert par Sidney Bechet qui lui donna des leçons. En 1928, il entre dans l’orchestre de Duke Ellington qu’il ne quittera plus, mis Ă  part une pĂ©riode de 5 ans (de 1951 Ă  1955) oĂą il dirige sa propre formation qui donnera sa chance au jeune John Coltrane.

Charlie Parker (1920 – 1955) dit « Bird » : Admirateur d’Art Tatum, il aura pour successeur John Coltrane. Co-inventeur du Be-Bop.

A l’âge de 19 ans, fascinĂ© par le pianiste Art Tatum, il prendra un emploi de plongeur dans le restaurant oĂą il se produit pour pouvoir l’Ă©couter tous les soirs.

Dans les annĂ©es 1940, Charlie Parker avec Dizzy Gillespie et Thelonious Monk font Ă©merger un nouveau mouvement, le be-bop, une forme de jazz qui se caractĂ©rise par des tempos plus rapides que le traditionnel “mainstream” (“courant principal”) des big bands, une structure harmonique qui peut consister en des changements d’accords frĂ©quents (toutes les mesures ou plusieurs fois par mesure comme dans “Anthropology de Parker). LibĂ©rĂ© des contraintes du big bands, le soliste peut se laisser aller Ă  des exercices de virtuositĂ©, Ă  des audaces, Ă  des fantaisies.

Le be-bop apporte une harmonisation plus riche (utilisation d’accords comportant de nombreuses notes altĂ©rĂ©es, 9° et 13°), dans un cadre rythmique plus complexe, tout en conservant les morceaux traditionnels du jazz. Le thème fĂ©tiche de Bird, Cherokee, illustre ceci.

Les premiers enregistrements entièrement « bop » sont effectués en 1945 :

- Avec Dizzy Gillespie :

Groovin’ high
Dizzy atmosphere
Hot house
Shawnuff
Salt peanuts

- Avec Miles Davis :

Billie’s Bounce
Now’s the Time
Ko-Ko (basé sur les accords de Cherokee)

A Ă©couter aussi : “Moose the mooch“, “Night in Tunisia“, “Confirmation“, “Cheryl“, et son excellent album “Parker’s Mood

Bird dĂ©cède en 1955 Ă  seulement 34 ans, ravagĂ© par les drogues et l’alcool.

Paul Desmond (1924 – 1977) : cĂ©lèbre pour “Take Five”

Avec le Dave Brubeck Quartet, il va connaĂ®tre le succès. On retiendra sa cĂ©lèbrissime composition “Take Five“.

Art Pepper (1925 – 1982)

C’est un saxophoniste alto et tĂ©nor, et aussi clarinettiste amĂ©ricain. L’un des plus grands reprĂ©sentants du Jazz West Coast avec entre autres Chet Baker et Gerry Mulligan. En 1980, avec Winter Moon (Galaxy), il signe l’un des plus beaux disques de jazz avec cordes.

John Coltrane (1926 – 1967) : RĂ©volutionnaire du jazz et mystique.

NĂ© dans un milieu familial musical, il sera le rĂ©volutionnaire du jazz dans la lignĂ©e de Charlie Parker mais il considĂ©rait la musique comme une quĂŞte spirituelle. Ce profond mysticisme le conduira Ă  la crĂ©ation de l’album “A Love Supreme” en 1964, chef-d’oeuvre enregistrĂ© par son quartet.

John Coltrane s’est toujours intĂ©ressĂ© aux religions. A l’hindouisme (il prĂ©nommera son fils Ravi, par vĂ©nĂ©ration pour le sitariste hindou Ravi Shankar : lire mon article consacrĂ© Ă  Ravi Shankar), Ă  l’islam (via sa première Ă©pouse Naima), aux cultes africains (grâce Ă  Alice Mcleod, sa seconde compagne)  et aussi sous l’influence du saxophoniste Yusef Lateef.

La carrière de Coltrane commence en 1949 avec le grand ensemble de Dizzy Gillespie, qui deviendra un groupe rĂ©duit, avec Coltrane Ă  l’alto et au tĂ©nor.

Elle connaĂ®t son essor Ă  partir de 1955 avec Miles Davis : chefs-d’Ĺ“uvres Milestones et Kind of Blue. Coltrane reconnaĂ®tra aussi l’influence de Thelonius Monk avec qui il a travaillĂ© plusieurs annĂ©es.

Il forme son propre quartet et produit “Giant Steps”,  “OlĂ©”… L’emblĂ©matique version personnelle de “My Favorite Thing” est un moment marquant de l’histoire du jazz. On en oublie que “My favorite things” est au dĂ©part une chanson Ă©crite pour la comĂ©die musicale de Broadway. De fait, Coltrane l’a rĂ©inventĂ©e totalement ! Cette Ĺ“uvre a aussi eu pour effet de propulser au premier plan le saxophone soprano.

Durant la dernière période de sa carrière, Coltrane affiche un intérêt croissant pour le free jazz, dont Ornette Coleman et Don Cherry sont les principaux représentants à la fin des années 1950.

« Cannonball » Adderley (1928 – 1975)

Ce saxophoniste alto est aussi accessoirement soprano de jazz. En 1958, il devient l’alto attitrĂ© de Miles Davis. Il figure notamment sur l’album “Kind of blue” avec Miles Davis et John Coltrane.

Eric Dolphy (1928 – 1964)

Il fut  saxophoniste alto et multi-instrumentiste. En 1959, il rejoint le Workshop du contrebassiste Charles Mingus oĂą, plus encore que chez Hamilton, il peut se livrer Ă  ses audaces musicales. En 1960, il enregistre, avec Ornette Coleman, l’album “Free jazz”, vĂ©ritable manifeste de l’avant-garde du jazz de l’Ă©poque.

Il porte le pseudonyme de George Lane,  Ă  la flĂ»te et au saxophone, sur l’album de John Coltrane “OlĂ© Coltrane”.

Il prouve qu’il est aussi un excellent compositeur : Outward Bound (1960), Out There (1960), At The Five Spot (1961), Out To Lunch ! (1964), etc.

Ornette Coleman (1930). Saxophoniste texan visionnaire et dérangeant.

Ce visionnaire du jazz, co-inventeur du free jazz, a d’abord signĂ© une quinzaine de disques ayant comme leader Charlie Parker dont il fut le disciple.

Il produit “Something else !”, “Tomorrow is the question !“, “The shape of jazz to come”, “Change of century”, “This is our music” et aussi “Free jazz“, album manifeste qui sonne au tournant des annĂ©es 60 l’heure du changement. Pour passionnĂ©s uniquement : Les premières mesures sont cacophoniques, l’ensemble dure 37 minutes.

Sa dĂ©marche artistique rĂ©volutionnaire attira sur lui excommunications et sarcasmes. Alors que le public n’avait pas fini de digĂ©rer la rĂ©volution de Charlie Parker, il  dĂ©cide d’appliquer au mouvement bop le traitement que Parker avait imposĂ© au style classique. Il prolonge mais aussi radicalise le système musical de Charlie Parker.

Phil Woods (né en 1931),

Ce saxophoniste alto, également clarinettiste de jazz, fut longtemps considéré comme le plus brillant disciple blanc de Charlie Parker.

Steve Coleman (né en 1956)

Improvisateur, compositeur et leader de groupe, il est l’un des fondateurs du mouvement M-Base.

Ainsi s’achève cet hommage en deux parties au saxophone dans la musique de jazz. Bonne Ă©coute !